Lettre n°30 ---- Eté 2026
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CRISE DES SOLIDARITES INTERNATIONALES ET DEVELOPPEMENT DURABLE
C’est dans la plus grande indifférence que tout l’édifice de solidarité internationale développé depuis la seconde guerre mondiale est actuellement ébranlé, avec depuis 2024-2025, des chocs d’une telle ampleur qu’ils pourraient remettre en cause les objectifs même de cette solidarité. Cet ébranlement concerne aussi bien l’aide publique au développement que l’action humanitaire ou la pérennité d’organisations internationales comme les Nations Unies. Cela aura bien évidemment des conséquences sur l’environnement et le développement durable des pays les plus pauvres de la planète et sur la mise en œuvre des Conventions internationales sur le climat ou la biodiversité.
Le choc le plus important dans cette évolution récente a été la décision prise en juillet 2025 par Donald Trump de démanteler l’US Aid, l’Agence en charge de l’aide au développement. En un an, le budget de cette agence, qui gère les 2/3 de l’aide américaine, est passé de près 40 milliards de dollars à 9, avec comme conséquence l’arrêt de plus de 80% de ses programmes. Compte tenu du poids des Etats Unis dans les 200 milliards d’aide publique mondiale au développement (plus du quart), cela veut dire que celle-ci a été amputée subitement de 15%, avec des conséquences encore plus graves sur l’aide humanitaire qui en est l’une des composantes importantes, notamment en Afrique. Malheureusement ce désengagement s’est produit en même temps dans d’autres pays grand contributeurs comme l’Allemagne, la Grande Bretagne et surtout la France dont le financement budgétaire de l’équivalent de l’US Aid, l’Agence française du développement (AFD), a été réduit en 2025 de 30%. L’OCDE estime qu’en 2024 et 2025, ce sont ainsi 60 milliards de dollars d’aide publique au développement qui se sont brutalement « évaporés » !
Pour ce qu’il en est de l’aide humanitaire, plusieurs facteurs s’ajoutent à ces difficultés de financement pour qu’on puisse évoquer la perspective d’une crise durable de l’action menée dans ce domaine. Un rapport publié en Octobre 2025 par Coordination Sud - qui rassemble les organisations de solidarité internationale, en fait l’inventaire : une remise en cause de l’aide au développement, une contestation du caractère occidental des interventions humanitaires, une droitisation des opinons publiques s’accompagnant d’une contestation croissante de l’idéal de solidarité, et enfin une difficulté de plus en plus grandes à intervenir dans les régions en conflit et un rétrécissement sensible de l’espace humanitaire (exemples de Gaza ou de la RdC). Son titre : « les OSI (Organisation de la Solidarité Internationale) face aux vents contraires, poursuivre, s’adapter ou se réinventer ? » en indique bien la perspective. Nous ne sommes plus dans un choc passager mais dans une interrogation plus profonde sur le sens même de l’action humanitaire dans un contexte bouleversement durable de la mondialisation.
Cette interrogation touche aussi l’aide au développement. Sous la pression à la fois des contraintes budgétaires et de la recomposition des rapports entre le Sud et le Nord (Le Sud global et un Occident divisé), certains plaident pour remplacer cette aide par des partenariats économiques, dans une logique purement marchande. C’est une évolution que l’on constate d’ailleurs déjà – y compris dans la stratégie de l’AFD - à travers le remplacement des dons par des prêts ou des partenariats privés. Au-delà c’est la notion même de « développement » qui est remise en cause - comme appartenant à une époque dépassée.
Tout cela a naturellement des incidences sur l’environnement et le développement durable. On sait qu’une part importante de l’aide internationale - de l’ordre de 30% - va aujourd’hui à des actions dans le domaine de l’environnement – l’eau, la restauration des sols, la reforestation, le climat, la biodiversité. Inversement (outre les dommages liés aux guerres), une part importante des 300 millions de personnes qui nécessitent une aide humanitaire le sont en raison de catastrophes écologiques avec, par exemple, 25 millions de personnes déplacées suite aux crises climatiques. Plus profondément on ne doit pas oublier qu’il y a une relation très profonde entre la notion de développement et la problématique de l’environnement, comme en témoigne la naissance de la notion de développement durable au sein d’une commission (Brundtland) chargée du développement, les conférences de Stockholm en 72 et de Rio en 92 … Ou plus récemment encore les ODD (Objectifs de Développement Durable). L’idée originale étant que les pays du nord devaient compenser les dégâts qu’ils avaient causés à l’environnement de ceux du sud. Dans les difficultés qu’il y a chaque année à trouver des financements pour le climat ou la biodiversité on ne peut ainsi séparer ce qui est le signe d’un refus croissant d’engagement sur l’environnement et la conséquence d’une crise de la solidarité internationale.
C’est pour toutes ces raisons que l’Encyclopédie du développement durable a souhaité publier en même temps deux articles portant l’un sur l’aide publique au développement et l’autre sur l’aide humanitaire. Comme l’indique le titre du premier « La réduction de l’aide publique comme symptôme d’une crise du système international », ces deux sujets sont liés et témoignent de mutations profondes à la fois humaines, environnementales et géopolitiques dont on n’a pas encore mesuré toutes les conséquences.
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Jean-Luc Redaud : De quoi la crise de l’aide publique au développement est-elle le symptôme ?,Avril 2026
- Nous assistons aujourd’hui à une profonde évolution des grands équilibres mondiaux et des priorités des Etats par rapport aux grands principes qui ont fondé l’architecture des relations internationales de la deuxième partie du 20 -ème siècle. Ceci se traduit, entre autres, par des contestations et des baisses de financements de l’aide publique au développement (APD) et des difficultés à progresser sur le dossier climat. L’objet de cet article est une analyse des ressorts qui, dans la période récente, pourraient conduire à une aggravation des crises actuelles ou au contraire à un retour à des solidarités mondiales autour de valeurs communes telles que définies par les principes d’un développement durable. ..... Voir cet article.
Alain Boinet, Cyprien Fabre : L’humanitaire perdu, désorienté, égaré, quels rebonds, quel avenir ?,Avril 2026
- Cet article reprend une double publication dans la revue Défis Humanitaires. Il souligne combien l’action humanitaire se retrouve aujourd’hui perdue, désorientée, égarée, par le contexte international. La 1ere partie privilégie la vision d’ONGs humanitaires et la partie 2 fait un bilan de l’évolution des aides humanitaires recensées par l’OCDE au titre du Comité d’Aide au Développement (CAD) depuis une dizaine d’années. L’action humanitaire c’est en priorité le secours aux populations menacées par les conflits, les catastrophes et les épidémies et souvent en situation de grande pauvreté. Le sujet peut sans doute être élargi. C’est l’ensemble de l’aide au développement, comme de l’action humanitaire qui est aujourd’hui remise en cause à la fois dans son champ et dans son financement. ..... Voir cet article.
Jean-Pierre Bécue : Le Bangladesh, le pays le plus vulnérable au changement climatique ,- Janvier 2025
- Au Bangladesh, les manifestations du dérèglement climatique (allongement des périodes de sécheresse, accroissement de la violence des cyclones, perturbations du calendrier et de l’intensité des moussons, fonte des glaciers, …) se multiplient.
Leurs conséquences rapides et dévastatrices (élévation du niveau de la mer, inondations, submersion, érosion, …) mettent en péril le maintien des écosystèmes, la vie des Bangladais et leur économie.
L’impact de l’action gouvernementale assise sur l’aide internationale au développement demeure très insuffisant au regard des besoins que la crise climatique accroit. Dans ce contexte, l’intervention des ONG’s sur le terrain est cruciale.
Depuis des décennies, une association bangladaise, GK, relève le défi de porter un développement au bénéfice de populations parmi les plus déshéritées du Bangladesh, au plus près de ces populations. ..... Voir cet article.
Nadège Legroux et Stéphanie Leyronas : Les communs et l’aide au développement, Octobre 2019.
- Les communs constituent une grille d’analyse et une démarche opérationnelle stimulantes pour les bailleurs de fonds d’aide au développement. Ils s’inscrivent dans une suite de récits autour des notions de développement durable et de biens publics mondiaux, faisant écho au cadre de l’Agenda 2030 des Nations Unies décliné à travers les Objectifs de développement durable. Aujourd’hui, les communs sont plus que jamais nécessaires à la mise en œuvre de l’atteinte de ces objectifs à toutes les échelles et avec l’ensemble des acteurs. Ils illustrent l’importance d’offrir des espaces de gouvernance entre ceux-ci et articulés avec les politiques publiques et les dynamiques de marché, où les citoyens se réapproprient les enjeux de leurs territoires et se mobilisent dans la gestion et l’enrichissement de ressources communes. ..... Voir cet article.
Marc Darras : Les objectifs du développement durable (ODD). : Outils d’une stratégie mondiale à l’horizon 2030 - , ,Octobre 2018
- L’Agenda 2030 pour le développement durable est un texte fort sur lequel les Etats se sont formellement engagés après la conférence de Rio 2012. Face à la crise des inégalités, à la fragilité financière et aux risques pour la biosphère, l’Agenda 2030 rassemble les mesures d’urgences pour réorienter l’humanité vers une trajectoire durable pour tous. Ces mesures ont finalement été validées par les chefs d’état le 25 septembre 2015 lors de l’Assemblée Générale des Nations unies. Les pays du Sud qui présentent une multitude d’approches et d’intérêts, le monde du travail qui interroge l’emploi, sa pérennité et sa qualité avec un slogan « une transition juste ». Les droits humains et le droit au développement deviennent des références obligatoires.
L’agenda 2030 présente 169 cibles regroupées en 16 grandes thématiques dénommées les Objectifs de développement durable identifiés par des logos colorés, une 17ème thématique est consacrée aux moyens transverses. Leur mise en œuvre est attendue à trois niveaux : international, national, et local. Des indicateurs, mis en place au niveau international, doivent en assurer le suivi. ..... Voir cet article.
Ignacy Sachs : Les défis du Second Sommet de la Terre de Rio de Janeiro : « La main visible et ses cinq doigts » , Juin 2012
- Reprenant en grande partie un texte publié dans la Revue brésilienne Estudos Avançados , cet article était consacré à la conférence des Nations Unies Rio + 20 de juin 2012. Après avoir souligné que nous nous trouvons à un carrefour de l’histoire, que nous sommes aujourd’hui entrés dans l’Anthropocène, une nouvelle ère géologique où les interventions humaines sont devenues prépondérantes et menacent les équilibres de notre écosystème Terre, Ignacy Sachs présente un ensemble de réflexions et de propositions autour de cinq axes, « la main visible et ses cinq doigts » : un contrat social renouvelé, une planification démocratique à long terme, la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, la coopération internationale. ..... Voir cet article.
Michel Mousel : le pilotage du développement durable - juillet 2005-, Juillet 2020
- Michel Mousel, co fondateur de cette Encyclopédie, s’attache à redéfinir les bases de cette notion – qui n’est « ni un rafistolage du développement », « ni un relookage de l’environnement ». Il s’agit de promouvoir une autre vision du développement et de la démocratie, et de mettre en place un processus collectif permettant de résoudre sans violence les contradictions et conflits possibles entre trois objectifs majeurs : l’extension des droits individuels et collectifs (à la santé, au logement, à l’emploi …), l’équité d’accès à ces droits, et la fin de l’épuisement des ressources naturelles.
L’essentiel du texte s’attache à expliciter tout ce que cette conception et ce pilotage supposent en termes d’éthique, de limitation de la domination économique, de fonctionnement des marchés, de conduite des politiques publiques, de décentralisation, et surtout de démocratie participative et d’implication de la société civile. ..... Voir cet article.
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